Du concept à la réalisation : favoriser un développement évolutif en Afrique
Par Omar Merehbi, directeur général pour l'Afrique occidentale et centrale
Dans de nombreuses régions d’Afrique, le débat autour de l’immobilier et des infrastructures ne porte plus sur la nécessité du développement, mais sur la manière de le mettre en œuvre à grande échelle. Les populations urbaines ne cessent de croître, la demande de logements continue de dépasser l’offre, et les gouvernements sont sous pression pour moderniser les villes tout en tenant compte des contraintes budgétaires. Dans ce contexte, le facteur limitant n’est souvent ni la vision ni même les capacités techniques, mais la capacité à structurer et à obtenir des financements permettant aux projets de passer du stade de la conception à celui de la réalisation.
Le rôle du maître d'œuvre prend de l'ampleur. Il ne se limite plus à la seule exécution des travaux, mais s'inscrit de plus en plus dans le processus global de développement. Cette évolution répond à un besoin concret : aborder un enjeu central du secteur, à savoir la structuration, le financement et la viabilité globale des projets.
Le déficit de financement dans le secteur de l'environnement bâti en Afrique est largement documenté. Les projets de grande envergure, qu'il s'agisse de logements, d'immobilier commercial ou d'infrastructures collectives, subissent souvent des retards ou ne voient pas le jour en raison des difficultés d'accès aux capitaux.
Bien que la liquidité mondiale ne manque pas, l'investissement de ces capitaux dans des projets sur le terrain dépend de la prise en compte d'un ensemble complexe de variables. La volatilité des devises, les cadres réglementaires, le risque politique et la faible profondeur des marchés financiers locaux contribuent tous à créer une perception du risque qui peut l'emporter sur l'opportunité sous-jacente.
En conséquence, les promoteurs et les pouvoirs publics sont de plus en plus amenés à aller au-delà des modèles de financement traditionnels. Le recours aux seuls prêts bancaires s’avère rarement suffisant, en particulier pour les projets dont la phase de préparation est longue ou ceux qui nécessitent d’importants investissements initiaux dans les infrastructures. Des approches alternatives, telles que le financement mixte, les partenariats public-privé et les instruments des marchés de capitaux, gagnent en pertinence, même si elles exigent également un niveau plus élevé de coordination et d’expertise.
Choisissez un partenaire qui tient ses promesses là où d'autres hésitent
Choisissez un partenaire dont la stratégie reflète une bonne compréhension de ces dynamiques. Plutôt que de ne vous engager dans des projets qu’au stade de la construction, recherchez une entreprise qui intervient souvent plus tôt dans le processus, en collaborant avec les parties prenantes pour concilier la faisabilité technique et la structuration financière. Cela peut impliquer de contribuer à la conception de cadres de financement, d’identifier des sources potentielles de capitaux ou de soutenir l’élaboration de modèles de mise en œuvre qui répartissent les risques de manière équilibrée entre les différentes parties.
Cette approche témoigne d'une évolution plus large au sein du secteur de la construction. Traditionnellement, les rôles du promoteur, du bailleur de fonds et de l'entrepreneur étaient relativement distincts, avec des frontières claires entre chacun d'entre eux. Cependant, sur les marchés émergents où la viabilité des projets est étroitement liée à la manière dont les risques sont répartis et gérés, ces frontières s'assouplissent. Les entreprises capables d'intervenir à ces interfaces, ne serait-ce que partiellement, sont souvent mieux placées pour mener les projets à bien.
Une planification globale permet de boucler la boucle
Dans la pratique, cela ne signifie pas nécessairement que les entreprises de construction deviennent des financiers au sens classique du terme. Cela traduit plutôt une évolution vers une approche intégrée, où la réalisation du projet est envisagée dès le départ en parallèle avec son financement. Cela se traduit par un rôle plus collaboratif, impliquant une coopération avec les pouvoirs publics, les investisseurs institutionnels et les promoteurs privés afin de garantir que les projets soient non seulement techniquement solides, mais aussi structurés financièrement de manière à les rendre bancables.
L'importance de cette harmonisation apparaît clairement lorsqu'on examine l'ampleur des besoins de l'Afrique en matière d'infrastructures. Les estimations font systématiquement état d'un déficit de financement annuel important, qui touche des secteurs allant du logement et des transports à l'énergie et aux infrastructures sociales. Combler ce déficit nécessite plus que des capitaux ; cela nécessite des mécanismes capables de mettre en relation les fonds disponibles avec des projets viables, tout en tenant compte des risques qui dissuadent souvent les investisseurs.
L’un des défis récurrents réside dans l’inadéquation entre la nature à long terme des investissements dans les infrastructures et les attentes à plus court terme de nombreuses sources de financement. Les fonds de pension et les fonds souverains, par exemple, peuvent avoir la capacité d’investir dans des actifs à long terme, mais exigent des environnements réglementaires stables et des rendements prévisibles. En revanche, les prêteurs commerciaux peuvent être davantage contraints par des considérations liées à leur bilan et par des limites d’exposition au risque. La structuration des projets de manière à concilier ces priorités divergentes constitue un élément essentiel de l’équation.
Dans ce contexte, nombreux sont ceux qui recherchent un partenaire capable de jouer un rôle de facilitateur plutôt que purement opérationnel. En s'impliquant à différentes étapes d'un projet, l'entreprise contribue à faire le lien entre la conception, le financement et la construction. Cela peut impliquer de coordonner les efforts de multiples parties prenantes, d'harmoniser les calendriers ou de soutenir l'élaboration de stratégies d'approvisionnement et de mise en œuvre qui renforcent la viabilité du projet.
Une approche sur mesure est essentielle
Cette implication reflète également les réalités du travail sur des marchés où les processus standardisés sont moins bien établis. Chaque projet nécessite souvent une approche sur mesure, adaptée aux conditions locales, aux exigences réglementaires et aux objectifs spécifiques des parties prenantes. La flexibilité et la compréhension du contexte deviennent aussi importantes que l’expertise technique, en particulier dans des environnements où les retards et les dépassements de coûts peuvent avoir un impact significatif sur les résultats.
Parallèlement, l’expérience acquise par une entreprise dans différentes régions lui confère une certaine vision qui peut être mise à profit sur divers marchés. Les enseignements tirés de projets menés au Moyen-Orient, où des développements à grande échelle ont été réalisés à un rythme soutenu, peuvent éclairer les approches adoptées dans le contexte africain, même s’ils doivent être adaptés plutôt que reproduits à l’identique. Le transfert de connaissances, en ce sens, ne consiste pas à imposer un modèle, mais à l’affiner pour l’adapter à différents environnements.
Cette évolution vers un rôle plus intégré s'inscrit également dans le cadre de changements plus généraux concernant la perception du secteur de la construction. De plus en plus, les clients recherchent des partenaires capables d'apporter une contribution qui va au-delà de la simple exécution des travaux, en leur offrant une expertise en matière de faisabilité, de gestion des risques et de valeur à long terme. Cela ne remet pas en cause l'importance des compétences fondamentales en matière de construction, mais élargit les attentes à l'égard des entreprises opérant dans ce secteur.
Cette évolution semble moins viser à redéfinir son identité qu'à répondre aux exigences pratiques des marchés sur lesquels elle opère. À mesure que les projets gagnent en complexité et que les structures de financement se nuancent, la capacité à mener des actions interdisciplinaires devient une nécessité fonctionnelle plutôt qu'un choix stratégique.
De la vision à la viabilité
En fin de compte, le développement de l'immobilier et des infrastructures en Afrique dépendra de l'efficacité avec laquelle ces complexités seront gérées. La demande en logements, en espaces commerciaux et en infrastructures urbaines ne devrait pas diminuer ; au contraire, elle devrait s'intensifier au cours des prochaines décennies. La question n'est pas de savoir si des projets seront conçus, mais s'ils pourront être menés à bien.
Dans cette équation, le financement reste une variable centrale. Les entreprises capables d’apporter leur aide dans ce domaine, même indirectement, jouent un rôle qui dépasse le cadre immédiat de leurs activités. Pour nous, le fait d’opérer à la croisée de la construction et de la structuration de projets traduit la conviction que la construction ne se résume pas à la réalisation physique d’un ouvrage, mais consiste également à créer les conditions qui rendent cette réalisation possible.